Le Kremlin-Bicêtre, jeudi 17 novembre 2011
A une semaine de célébrer le 25 novembre la 1000ème transplantation hépatique pédiatrique réalisée au CHU Bicêtre (AP-HP), j’ai tenu à me rendre dans le service d’hépatologie pédiatrique dirigé par le Professeur Emmanuel Jacquemin.
Un service de pointe confronté au quotidien à des enfants gravement malades du foie. Un service où l’accueil des parents est aussi important que celui des enfants suivis ici avec des hospitalisations régulières, des premières semaines de vie jusqu’à l’âge de dix huit ans, un service de référence confronté, comme d’autres à l’AP-HP, aux pénuries de moyens, au manque de personnel.
« Nous ne sommes pas un garage, nous ne faisons pas de l’échange de pièces. Cette nouvelle vie qu’on a donnée à l’enfant, on fait tout pour qu’il puisse en profiter », martèle la psychologue Madame Plainguet qui plaide pour une véritable réflexion politique sur la prise en charge des familles, la durée des congés parentaux, les aides accordées à ces parents indispensables aux côtés de leur enfant pour l’aider à guérir. « Un enfant hospitalisé ne peut pas s’en sortir s’il n’a pas sa famille à ses côtés », répète Madame Plainguet.
Dans ce service où chaque maladie est le plus souvent mortelle en l’absence de transplantation, où ces petits enfants au foie abîmé luttent en permanence, où la recherche doit progresser, toutes les forces du Professeur Jacquemin sont mobilisées pour pouvoir faire tourner son service.
Gestion administrative et problème de personnel accaparent près de la totalité de son énergie. Les dysfonctionnements dûs aux réductions de personnel infirmier, imposées par son autorité de tutelle, ou aux postes qui restent vacants car peu attractifs, sont quotidiens. Sans parler des astreintes de week-end assurées pas les médecins sans rémunération, des lits fermés par manque de personnel soignant, des infirmières et des aides soignantes débordées, du manque de considération et de valorisation du travail accompli. « On nous demande d’être rentables avant tout, est-ce la priorité d’un service hospitalo-universitaire et d’une « grande maison » comme l’AP-HP? », s’interroge le Professeur Jacquemin. Pour autant c’est encore avec le même dévouement envers les enfants et leurs familles que l’ensemble du service travaille, précise le Professeur Jacquemin.
Peu de temps pour enseigner, plus le temps de participer à des congrès et de confronter son expérience avec celle de ses confères étrangers, peu de temps à consacrer à la recherche et à l’innovation thérapeutique.
Comment se fait-il que la médecine hospitalo-universitaire française, en particulier pédiatrique, qui fut parmi les meilleures du monde se délite à ce point ? Il serait temps de reconsidérer la qualité des soins, et de faciliter l’organisation de la recherche académique en lien direct avec les services cliniques. Enfin il faudrait avoir le courage de décider des économies à faire, à bon escient secteur par secteur au lieu de ce « lissage » des coûts, pratiqué sans véritable vision globale par l’administration publique.



