Vous allez déclarer votre candidature à l’élection présidentielle la semaine prochaine. Vous ne décollez pas dans les sondages. Comme avait dit Arlette Chabaud à Jacques Chirac en 1995, irez-vous jusqu’au bout ?
Vous ne décidez pas de porter un projet politique dont la base a été adoptée lors de notre conseil national ce week-end, avec 500 cadres, pour ensuite rester à la maison. Moi, ma candidature s’inscrit dans un schéma que je veux porter auprès des Français, suite à un tour de France depuis plus d’un an. La France est en proie à de grandes difficultés économiques, budgétaires et sociales. Mais il y a dans notre système des hommes et des femmes qui entreprennent, innovent, transforment, expérimentent. Je veux m’adresser à eux, car je suis convaincu qu’il y a des idées nouvelles pour un monde nouveau qu’il faut porter.
Vous êtes candidat et président d’un parti, et plusieurs de vos cadres ne vous soutiennent pas. C’est gênant…
Je constate que sur un conseil national de 500 membres, la quasi unanimité me soutient. On les connait moins, ils parlent moins, mais parmi les parlementaires, j’ai de très nombreux soutiens. On ne peut pas considérer qu’il suffit de 4 personnes pour affirmer que la totalité des cadres ne me soutient pas. Vous citez toujours les 3 mêmes. Pourquoi citer plus Jean-Christophe Lagarde plutôt qu’Yvan Lachaud ?
Craigniez-vous des départs ou même une scission au Nouveau centre ?
Et ils partiraient où, à l’UMP ? Si c’est leur chemin… S’il y a des départs, c’est soit chez Bayrou soit à l’UMP. Les adhérent du Nouveau centre trancheront sur la stratégie pour la présidentielle. Il y aura un débat avec un congrès. Santini et Blanc soutenaient Sarkozy en 2007. Que d’autres le fassent à titre personnel, pourquoi pas. Après, il y a une stratégie décidée par un parti.
N’est-ce pas davantage l’intérêt du Nouveau centre de négocier pour les législatives sans vous présenter, comme le propose François Sauvadet ?
Pour négocier, il faut avoir quelque chose à négocier. François Sauvadet a le souci de conserver un groupe parlementaire. Moi aussi. Je ne vois pas bien comment Jean-François Copé, qui a démontré par son expression à quel point il avait beaucoup de considération pour nous, viendrait attribuer 20 ou 30 circonscriptions au Nouveau centre tout d’un coup, alors que nous n’aurions pas le courage de défendre notre projet devant les Français.
Mais si vous faites un faible score, ne risquez-vous pas de tout perdre, y compris les députés, si l’UMP présente des candidats face aux vôtres ?
Les députés, jusqu’à nouvel ordre, sont dans la majorité. Ils ont été loyaux. La majorité a besoin de montrer son esprit d’ouverture et le respect de la diversité.
Votre famille politique reste toujours la droite ?
J’ai toujours expliqué – c’est ma différence avec François Bayrou – que pour moi le centre doit être clair. Pas comme un joueur de poker et attendre le lendemain du premier tour pour dire ce qu’on va faire. Pour moi, à l’issue du premier tour, mon accord naturel est d’aller avec un parti de droite, comme au temps de l’UDF et du RPR. Cet accord sera conditionné à un accord de gouvernement où nos propositions seront reprises.
Donc vous appelez à voter Sarkozy pour le second tour ?
Comme les Verts appellent à voter socialiste ! Ou comme Mélenchon pourrait le faire, à partir d’un accord de gouvernement.
Et si l’UMP reprenait maintenant vos propositions dans son projet, pourriez-vous soutenir ainsi Nicolas Sarkozy ?
Mais ces propositions doivent être garanties. Elles doivent l’être par l’expression du suffrage universel et un groupe parlementaire.
Les valeurs du centre sont-elles bien défendues par l’UMP ? Craigniez-vous que l’UMP chasse sur les terres du FN pendant cette campagne ?
Est-ce que dernièrement ils ont cherché à aller sur les terres du FN ? Mais au moment du discours de Grenoble, tout le monde se souvient que j’avais été le seul membre du gouvernement à faire part de mon interrogation. Notre rôle, c’est d’être une corde de rappel pour corriger les excès de l’UMP. Comme Jean-Luc Mélenchon explique qu’il corrigera les excès socio-démocrates du PS.
Avez-vous un espace politique entre François Bayrou, François Hollande et Nicolas Sarkozy ?
Oui, en portant des idées nouvelles parce que le monde à changé. Exemple : quand on parle d’équilibre budgétaire, on évoque la réduction des dépenses. C’est nécessaire. Et on voit bien qu’il y a un besoin immense pour les services publics, comme la justice, l’école ou le réseau à haut débit. Il y a une limite à la réduction des dépenses publiques. Quant à la hausse des prélèvements obligatoires, il y a aussi une limite quand on est le pays avec les impôts les plus élevés d’Europe. Je propose donc que pour éviter une baisse du pouvoir d’achat, que tout le monde se retrousse les manches et qu’on passe aux 37 heures hebdomadaires.
Mais pourquoi ce chiffre ? Quel est son sens ? On à l’impression que vous coupez la poire en deux entre 35 et 39…
Oui, c’est peut-être parce que c’est entre 35 et 39. Ça correspond aussi à une moyenne européenne. Et parce que 37 heures, ça permettrait selon les économistes qui ont travaillé pour moi de booster la croissance de 0,3% par an, car la compétitivité économique française serait améliorée. On pourrait en même temps faire des économies car on supprimerait des exonérations de charge qui coûtent très cher, liées au passage aux 35 heures.
Et les exonérations sur les heures supplémentaires ?
Il faudrait les maintenir à partir de 37 heures. Il faudrait aussi transférer les cotisations sociales vers la TVA emploi.
Vous êtes d’accord avec Jean-François Copé sur ce point…
Je le propose depuis 2007.
Ce passage aux 37 heures que vous proposez se fait sans augmentation de salaire. Ce ne sera pas très populaire…
Oui mais est ce qu’il vaut mieux proposer aux Français la dégradation des services publics ou la baisse du pouvoir d’achat ? Quand l’heure est grave, il faut se retrousser les manches.
Le meurtre d’Agnès a frappé beaucoup de monde. L’exécutif annonce une nouvelle loi sur « l'évaluation de la dangerosité » des délinquants. Le gouvernement instrumentalise-t-il ce fait divers ou ce drame montre-t-il la nécessité d’améliorer la prévention de la récidive ?
Je crois très clairement qu’il y a une émotion légitime. Ce qui se passe est dramatique. Et en même temps, aucun système pénal n’évitera jamais à 100% des drames. Mais il y a des solutions et la solution est l’augmentation des moyens judicaires en terme de suivi des récidivistes ou des réitérants. Deuxièmement, Yvan Lachaud, président du groupe Nouveau centre à l’Assemblée nationale, avait proposé une solution il y a 3 mois, rejetée à l’époque par le garde des Sceaux : l’instauration d’un dossier unique de personnalité, comme il peut exister aux Etats-Unis. Il permettrait au monde éducatif et à la police de connaître un certain nombre de faits, délits ou crimes. Cela permettrait à chacun de pouvoir mieux suivre, et avec plus de prudence, des gens potentiellement dangereux. Le dossier unique de personnalité, comme il existe dans plusieurs systèmes judiciaires, est adressé aux services de police proches, là où se situe le délinquant, et au directeur de l’établissement. Pour permettre de prévenir, assurer avec un maximum de garanties l’éventuelle réinsertion de la personne. Cette proposition a été proposée dans le débat parlementaire par un amendement. Ça n’aurait rien changé sur le cas d’Agnès, puisqu’il aurait fallu le temps de la mise en application, mais il faut que le gouvernement change d’avis sur ce sujet.
L’agence Moddy’s met à nouveau la pression sur le AAA français ce lundi. Pensez-vous, comme certains, que la France a déjà perdu son triple A ?
Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est qu’il faudra probablement plus que des mesures de colmatage ou des rustines pour remettre le pays sur les rails.



